Christophe Carré est auteur et conférencier spécialiste en prévention et règlement des différends et des dysfonctionnements relationnel. Depuis 20 ans, il travaille sur la relation. Pour lui, que ce soit « Par maladresse, intérêt, perversion ou bienveillance, la manipulation est partout et prend de plus en plus de place. Tout le monde manipule tout le monde ! » et c’est parfois un bien.

Quel est votre parcours ?

J’ai un premier épisode de vie où j’ai été enseignant en classes maternelles, avec des petits qui, eux, n’ont pas de problèmes de relation et de communication, puisqu’ils ne sont pas coincés par tout un tas de croyances, de valeurs, de préjugés ! J’ai aussi enseigné en écoles élémentaires, en lycées et puis j’ai ressenti un manque et j’ai repris des études.

Je me suis tourné vers la communication et l’information. Pour la communication, j’ai tout de suite été séduit par le mouvement de Palo Alto, l’approche systémique qui aborde un sujet dans son ensemble et en tenant compte de l’environnement. La communication, n’est pas juste une question d’émetteur et de récepteur où on échange des contenus rationnels. C’est aussi de l’émotionnel, de l’écoute, de la présence. Et je me suis aperçu que ce n’était pas aussi évident que ça.
De plus, aujourd’hui nous faisons face à une telle masse d’information qu’il est de plus en plus difficile de faire le tri et de l’assimiler, ce qui rend la communication extrêmement difficile, et cela impacte directement nos relations.
En tant que médiateur et j’ai pu constater qu’il y a beaucoup de dysfonctionnement que ce soit dans le couple, le travail, ou pendant la vie étudiante.

Vous avez écrit un livre sur la manipulation où vous prenez le contre-pied de tout ce qu’on peut lire aujourd’hui

Aujourd’hui, beaucoup d’auteurs font de la manipulation une entreprise diabolique où on a d’un côté le méchant manipulateur et de l’autre le pauvre manipulé, c’est très en vogue. Or la manipulation, du point de vue de la psychologie sociale c’est quelque chose qui est étudié depuis bientôt 100 ans et qui n’est pas aussi dramatique qu’on pourrait le croire. En fait il y a plusieurs formes de manipulation et toutes les manipulations ne sont pas intentionnelles, méchantes et destinées à faire mal à l’autre ! Souvent, c’est aussi la solution qu’une personne trouve à un moment pour se sortir d’une situation. C’est souvent du à des maladresses ou à de l’ignorance. On ne sait pas comment faire autrement… On a peur d’affronter un refus ou d’entrer dans la relation ou se dire que l’autre peut être blessé si on lui dit les choses directement et du coup, c’est plus simple de le manipuler.

Vous dites qu’il y a 4 types de manipulation…

Oui, parce que toutes les manipulations ne sont pas au même niveau.
La première forme de manipulation qui me paraît la plus courante et qu’on oublie souvent, c’est la manipulation par maladresse ou par ignorance. Par exemple, une personne qui utilise un moyen détourné pour obtenir ce qu’elle veut soit parce qu’elle a peur de la réaction de l’autre, soit parce qu’elle ne veut pas le blesser.

La deuxième forme est la manipulation intéressée, celle de la société de consommation ; par exemple, le vendeur ou la publicité qui vous amène à acheter un produit en utilisant des techniques de ventes basées sur l’émotionnel, mais sans intention de nuire. Les marques de parfum par exemple ou de voitures…

La troisième forme est la manipulation perverse, avec les pervers narcissiques dont tout le monde parle à tel point qu’on a l’impression qu’on ne peut pas sortir sans en rencontrer un, mais qui heureusement n’est pas si fréquente ! Celui-là a un seul but : détruire…

Et enfin, la quatrième forme est la manipulation bienveillante. Celle que l’on utilise avec l’intention d’aider l’autre et qui profite à la personne manipulée. Par exemple le subterfuge utilisé pour l’ami qui a trop bu et qu’on veut empêcher de conduire ou la grand-mère qui ne veut pas boire en plein été… Parfois la manipulation peut être douce et centrée sur le bien-être de la personne qu’on manipule…

Dans le cas de la manipulation perverses, la victime est-elle consciente de ce qui se joue ?

Pas immédiatement car la manipulation utilise vos failles. Le pervers utilise vos propres automatismes. Il observe votre façon de fonctionner, cherche ce qui a pu vous manquer dans le regard des autres… Vous avez construit depuis votre petite enfance tout un tas d’attitudes et de comportements qui lui permettent de déceler que vous êtes une personne fragile qu’il va pouvoir manipuler. C’est un ‘’travail’’ qui s’étend sur le long terme avec beaucoup de stratégies comme trouver des ressemblances, des points communs. Ca commence par une entreprise de séduction puis de déstabilisation, l’alternance du chaud et du froid… Au bout du compte, quelque chose s’installe dans la relation d’un type bien particulier où finalement la victime contribue à sa manipulation.

Que peut-on dire aux personnes qui se sentent victime de manipulation ?

La meilleure aide que l’on puisse apporter, c’est de les amener à sortir du statut de victime en leur donnant des clefs et des moyens, sauf que lorsqu’on a instauré un modèle relationnel depuis des années et que l’on fonctionne comme ça, c’est difficile et ça demande du temps. C’est un travail sur moi-même. Dire aux gens qu’en lisant un livre ou un article on va pouvoir radicalement changer les choses, est un mensonge ! Ce n’est ni aussi simple, ni aussi court que ça. Selon moi, ça demande un accompagnement, une aide de quelque nature que ce soit et un travail qui suppose de la souffrance parce qu’il va falloir aller gratter là où ça fait mal… Et c’est pour ça que certaines personnes sont tellement dans la souffrance, parce qu’on ne leur donne pas les bons outils…

Comment on en sort ou comment on l’évite ?

En arrêtant de jouer. En travaillant sur ses zones d’ombres. En se prenant en charge pour retrouver son équilibre. Pour moi, ce qui est essentiel, c’est la lucidité. L’observation. Ensuite, écouter ce que votre corps vous dit. A chaque fois que vous êtes dans une relation toxique ou négative, vous le sentez dans votre corps. Et plus vous vous entrainez à ressentir, plus vite vous allez repérer et prendre conscience de ce qui se joue dans la relation. C’est difficile d’observer, parce que ça demande de débrancher ce côté pilotage automatique qui est la porte ouverte à tous types de manipulation ! Pourquoi je me laisse manipuler ? Parce que je laisse fonctionner mon pilote automatique et l’autre sait quelle réponse je vais donner quand il va actionner telle ou telle stratégie.

Le corps est le siège des émotions. Il faut l’écouter et ce qui est très important, c’est l’action. Je ne reste pas sans rien faire, mais je ne fais pas non plus des actions désordonnées qui pourraient me porter préjudice. J’agis en conscience en tenant compte de mes ressentis. Une fois que j’en ai pris conscience je vais pouvoir passer à l’action, dire mes besoins, en adoptant la bonne stratégie pour arrêter le jeu.

Ca a l’air simple et pourtant beaucoup de changements échouent…

Oui, parce que beaucoup de personnes espèrent que le changement va venir de l’autre, d’un atelier, d’un livre, de quelques séances de thérapies… avec un coup de baguette magique… Mais s’il n’y a pas de véritable travail personnel, il n’y a pas de changement… Il y a aussi ces ‘’commerçants’’ malhonnêtes, vendeurs de rêves, qui vous disent « vous avez un problème, j’ai la solution » et qui vous manipulent ! Et on oublie le développement relationnel. Parce que finalement on se développe parce qu’on chemine avec d’autres et que les autres vont nous aider à avancer.

Paru en février 2017 : La Manipulation au quotidien, la repérer, la déjouer et en faire bon usage
Paru en novembre 2017 : Caprice, chantage, mensonge… Que faire avec un enfant qui vous manipule ?
Il est également l’auteur de Sortir des conflits, Obtenir sans punir et Aimer sans violence.
Pour en savoir plus sur Christophe Carré, consultez son site

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Vous ressentez souvent de la colère et de la frustration. Il vous arrive aussi d'éprouver comme un sentiment de honte et de culpabilité. Vous êtes fatigué au travail etvousy allez avec la boule au ventre...

vous avez l'impression d'être différent, que le monde dans lequel vous vivez n'est pas le vôtre... 

 

Peut-être vivez-vous un conflit de valeurs et vous êtes dans la souffrance éthique.

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